Photo de famille d’une trahison : “THE ABRAHAM ALLIANCE, It’s time for a new Middle East”

Dessous, une galerie de visages : princes du Golfe, diplomates souriants, président américain en figure centrale. Une image calculée. Une image qui efface.
Une image stratégiquement mise en scène. Une image qui dit tout de l’effacement des peuples, et de la manière dont la paix est aujourd’hui brandie comme un logo, et non comme une justice. On nous présente ces alliances comme les piliers d’un nouvel ordre pacifique.
Mais sur cette image, aucun représentant de l’Iran, du Liban populaire, du Yémen assiégé, de l’Irak martyrisé, ou de la Syrie réelle.
Aucun mollah chiite, aucun maître soufi, aucun penseur réformiste.Ni Sayyed Hussein Fadlallah, ni Muhammad Shariati, ni Nasr Abu Zayd, ni des figures comme Hossein Nasr, Abdolkarim Soroush ou encore l’imam Musa al-Sadr, disparus du cadre comme ils le sont des chancelleries.
Pas un mot pour les écoles de Qom ou de Najaf qui osent penser la foi dans le langage du droit et de la justice.
Pas une place pour les poètes de Karbala, les juristes de Sanaa, les mystiques de Konya, les femmes d’Irak ou du Cachemire qui enseignent en silence ce que l’université refoule.
Pas une ombre des voix soufies qui, de Fez à Lahore, prêchent une religion de l’amour, du sens, de l’égalité.Tous sont exclus. Délibérément. Leur absence n’est pas un oubli.
C’est un choix politique. Ceux qu’on invite à la table sont les mêmes qui ont bâillonné les penseurs, persécuté les minorités, et transformé la religion en vitrine sécuritaire. Et ceux qu’on écarte sont précisément ceux qui, malgré les bombes, les blocus et les fatwas, continuent de penser que Dieu ne se signe pas en bas d’un traité avec l’oppresseur.
Et pourtant, dans les récits religieux transmis et figés depuis le Moyen Âge, les chiites ont longtemps été accusés de trahison, de pactiser avec “l’ennemi juif”, d’être les agents intérieurs de la fitna. Cette accusation ne vient pas de nulle part : elle s’enracine dans les fatwas d’Ibn Taymiyya, théologien hanbalite du XIIIᵉ siècle, qui écrivait que les chiites étaient plus dangereux pour l’islam que les croisés ou les Mongols, car ils attaquaient la communauté de l’intérieur. Cette pensée sera réactivée et systématisée au XVIIIᵉ siècle par Muhammad Ibn Abd al-Wahhâb, fondateur du wahhabisme, qui fera de l’anathème (takfîr) et de l’exclusion des chiites, des soufis, et de tous les “innovateurs” un pilier de sa doctrine. Appuyée par le sabre des Saoud et les pétrodollars du XXᵉ siècle, cette idéologie a façonné des générations de prêcheurs, de manuels scolaires, de fatwas télévisées. Ainsi, pendant des siècles, on a martelé que les chiites étaient les traîtres ultimes, les complices de l’ennemi, l’arrière-garde intérieure du “complot judéo-chiite”. Une fiction théologique devenue arme politique. Or aujourd’hui, c’est l’inverse qui est mis en scène. Ce sont les puissances sunnites, issues de ce même héritage hanbalito-wahhabite, qui scellent des alliances stratégiques et économiques avec Israël, qui échangent drones, gaz, pétrole, cybersurveillance, contre des promesses de stabilité régionale et de silence diplomatique.
La Palestine n’est plus une cause. Elle est devenue une variable d’ajustement. Un détail sacrifié sur l’autel de la “réconciliation”, où l’ennemi d’hier devient l’allié d’aujourd’hui et où l’ennemi intérieur reste toujours le même : le dissident, la femme libre, le mystique, le penseur sans maître.
Ces traités, qu’on appelle “Accords de normalisation” ou “Alliance d’Abraham” sont présentés comme des clés pour la stabilité. Mais qu’est-ce qu’une paix qui ne répare rien ? Une paix sans mémoire ? Une paix où l’on ne demande rien aux peuples, seulement leur soumission silencieuse ? Ce n’est pas la paix qui y est négociée, c’est la stabilité des puissants.
Un pacte entre appareils sécuritaires, un marché d’influence et de contrôle, un récit qui maquille l’impunité. Des ennemis d’hier, des partenaires d’aujourd’hui. Ce vieux soupçon sectaire, qui désignait autrefois les chiites comme traîtres à la communauté, a simplement changé de cible.
Aujourd’hui, ce sont les dissidents, les penseuses, les militants, les minorités, les pauvres. Ce n’est plus la théologie qu’on accuse, c’est la parole libre, la désobéissance, la dignité. Pendant que les princes s’embrassent à Manama ou à Riyad, les contradictions s’empilent : Les universitaires occcidentaux qui dénonçaient l’impérialisme pactisent avec Washington ; ceux qui se disaient gardiens de la foi défendent l’oubli.
Hier, Golani fondait Jabhat al-Nosra, jurait fidélité à al-Qaïda, appelait à l’exclusion, à la lapidation, à l’exécution. Aujourd’hui, en costume, il est reçu à Riyad, honoré par Trump, salué par ceux-là mêmes qui prétendaient combattre “le terrorisme”.
Le takfirisme n’a pas disparu. Il a simplement changé de forme. Il ne crie plus dans des vidéos, il murmure dans les chancelleries.
Les mêmes qui : ferment les yeux sur les bombardements à Gaza, ignorent les enfants démembrés à Rafah, effacent le Cachemire depuis des décennies, présentent aujourd’hui un jihadiste recyclé comme solution politique.
Ce n’est ni la paix, ni la justice. C’est une mascarade. Une amnésie mise en scène. Ce n’est pas la sécurité. C’est le théâtre des intérêts (comme sur Linkedin) : redessiner la carte, contenir l’Iran, satisfaire Tel-Aviv, protéger les oléoducs. Golani n’a jamais été jugé. Mais il est légitimé.
Et pendant qu’on le serre, proprement, en photo, les minorités continuent de disparaître dans les geôles d’Idlib, les femmes sont bâillonnées, les bourreaux maquillés en diplomates. Ce n’est pas une victoire. C’est une abdication. Et c’est au nom des peuples trahis. syriens, palestiniens, yéménites, kashmiris, rohingyas, que nous devons parler.
L’histoire n’est pas morte. Elle nous regarde. Le vrai enjeu n’est pas ce que dit un texte. C’est qui peut le dire. Un traité, une tradition, une révélation : tout dépend de qui parle, qui interprète, qui impose le sens.
La lecture autoritaire, figée, masculine, étatique, se présente comme neutre. Mais elle efface les subjectivités, les voix blessées, les peuples oubliés.
On peut proclamer la paix mille fois ; mais si les femmes ne sont pas là, si les peuples ne peuvent pas parler, si les silences sont gérés comme des crises de communication, ….
….alors ce n’est pas la paix c’est l’administration du silence. Ce moment où l’interprétation devientmonopole.
Quand la foi devient administration, quand la tradition devient clôture, quand la politique devient marketing, ..
… alors le savoir devient reproduction.
Il n’y a plus d’espace pour penser, seulement des consignes pour adhérer.
Ce n’est pas la tradition qu’il faut rejeter. C’est l’usage qu’en font ceux qui l’ont transformée en forteresse.
Ce n’est pas la foi qu’il faut dénoncer. C’est son instrumentalisation contre les peuples.
Ce n’est pas la paix qu’il faut craindre. C’est son détournement en vitrine géopolitique.
Ce que l’on appelle aujourd’hui réconciliation, n’est souvent qu’un effacement organisé.
Une paix sans justice, des accords sans voix, des peuples sans mémoire.
Et pendant que les puissants signent des accords en façade, pendant qu’ils posent devant des affiches de paix factice,
des milliers de familles palestiniennes sont abandonnées aux frontières du monde.
Au Canada, plus de 9 000 demandes de visas temporaires de Palestiniens de Gaza sont restées sans réponse, malgré des liens familiaux avérés avec des citoyens canadiens. Le silence administratif devient complicité structurelle. Des enfants meurent dans des zones de guerre, non pas faute d’aide, mais faute de procédure.
Quarante organisations canadiennes dénoncent l’échec de ce programme et appellent à un changement immédiat. Car laisser mourir, ce n’est pas rester neutre. C’est prendre parti.
Toute paix qui ignore les peuples prépare déjà la prochaine guerre
Corinthiens 10:21–22
21 οὐ δύνασθε ποτήριον Κυρίου πίνειν καὶ ποτήριον δαιμονίων·
οὐ δύνασθε τραπέζης Κυρίου μετέχειν καὶ τραπέζης δαιμονίων.
22 ἢ παραζηλοῦμεν τὸν Κύριον; μὴ ἰσχυρότεροι αὐτοῦ ἐσμέν;
21 Non potestis calicem Domini bibere et calicem daemoniorum: non potestis mensae Domini participes esse et mensae daemoniorum.
22 An Dominum provocamus in zelum? Numquid fortiores illo sumus?
21 Vous ne pouvez boire la coupe du Seigneur et la coupe des démons ; vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons.
22 Voulons-nous provoquer la jalousie du Seigneur ? Sommes-nous plus forts que lui ?
21 Ye cannot drink the cup of the Lord, and the cup of devils: ye cannot be partakers of the Lord’s table, and of the table of devils.
22 Do we provoke the Lord to jealousy? are we stronger than he?




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