Le cas du Removal Act et de la ruée vers l’or de Californie
Notre nation est née dans le génocide. […] Nous sommes peut-être la seule nation dont la politique nationale fut l’extermination de sa population indigène, et qui fit de cette expérience dramatique une noble croisade. Jusqu’à ce jour, nous n’avons pas été capables de désavouer cet épisode honteux, ou de ressentir aucun remords à son sujet. – Martin Luther King[1]
Lorsque l’on pense à l’indépendance déclarée par la nation des États-Unis en 1776, notre imagination évoque souvent une Amérique continentale aux frontières similaires à celles que nous connaissons aujourd’hui. Toutefois, il est crucial de se rappeler qu’à cette époque, le territoire des États-Unis se limitait aux treize colonies britanniques qui s’étendaient le long du littoral de l’Atlantique, dans la région des plaines côtières. Avant que les frontières des États-Unis ne s’étendent d’un océan à l’autre, il a fallu traverser un long et complexe chemin d’expansion territoriale, un processus qui a culminé à la fin du 19e siècle, coïncidant avec la conclusion des guerres indiennes (1778 à 1890).
Pour appréhender cette expansion vers l’ouest, il est pertinent d’examiner trois moments clés de l’histoire américaine. Le premier est le Traité de Versailles (1783), qui céda la vaste région des Territoires Indiens, suivi de l’achat colossal de la Louisiane en 1803. Ces territoires, majoritairement habités par des populations autochtones, restaient largement méconnus jusqu’à l’expédition de Lewis et Clark (1804-1806). Le deuxième moment est marqué par l’idéologie de la Destinée Manifeste en 1845, qui prétendait que le projet d’un continent entier appartenant à la nation américaine relevait de la providence. Ce temps coïncide avec l’acquisition de territoires mexicains durant la guerre américano-mexicaine (1846-1848) et la cession du territoire de l’Oregon par les Britanniques, régions qui sont aujourd’hui assimilées au Sun Belt. Le troisième moment concerne la conquête des terres à l’ouest du fleuve Mississippi, notamment les Grandes Plaines et les Rocheuses, territoires qui, jusqu’alors, étaient fermement détenus par les peuples autochtones et furent disputés à la suite de la guerre de Sécession jusqu’en 1890.
Face à l’ampleur de cette expansion, il est naturel de s’interroger sur le sort des peuples indigènes de ces régions et sur les conséquences dramatiques qu’un tel projet d’expansion a pu avoir sur leurs conditions de vie. Dans cette recherche, nous analyserons comment l’expansion territoriale, s’étendant du fleuve Mississippi jusqu’à l’océan Pacifique, a été déterminante dans la déportation des peuples autochtones du Sud-Est, en particulier avec l’adoption de la loi sur le déplacement des Indiens (Indian Removal Act) au Congrès en 1830, mais également dans l’extermination des populations indigènes de Californie durant la ruée vers l’or (1848-1856). Nous concentrerons notre étude sur les Cherokees et le contexte entourant l’adoption de la loi de déplacement, qui a contraint cette population, ainsi que d’autres du Sud-Est, à quitter leurs terres ancestrales situées à l’est du fleuve Mississippi pour le Territoire indien, qui deviendra l’État de l’Oklahoma en 1907. Nous approfondirons notre analyse à travers les discours politiques expansionnistes, en examinant particulièrement le rôle d’Andrew Jackson, ainsi que l’impact dévastateur de la ruée vers l’or sur les peuples autochtones de Californie et la politique d’extermination qui les a frappés.

Colonialisme de peuplement et politique expansionniste
La grande expansion du territoire américain, qui a débuté après l’indépendance et qui s’est achevé en 1900, appartient à une période où l’Europe a adopté une politique coloniale et impérialiste globale, notamment sur les continents d’Asie, d’Afrique et d’Océanie. Ces politiques furent marqués par une idéologie historiciste, évolutionniste et développementaliste, de la tradition intellectuelle européenne. Le cas de l’Amérique du Nord des États-Unis s’inscrit en ce même contexte, en cette particularité que les populations occupant le territoire ne connurent jamais d’indépendance à la fin du 20e siècle. En effet, les peuples indigènes furent contraints de se rassembler dans des réserves qui aujourd’hui totalisent une mince portion du territoire américain, soit de 2,3 %. L’historienne américaine Roxanne Dumbar Ortiz[2] qualifie, dans son livre Contre histoire des États-Unis, l’expansion du territoire américain, ayant eu cours durant 19e siècle, comme une colonisation de peuplement, intrinsèquement génocidaire et impliquant une politique d’extermination. Avant l’arrivée des Européens, l’Amérique du Nord comptait approximativement 5 millions d’individus. Aux alentours de 1800, la population indigène avait diminué à environ 600 000 individus pour atteindre 250 000 en 1900. En contrepartie, la population des colons américains est passée de 5 à 75 millions d’individus entre 1800 et 1900[3].
Depuis l’indépendance le projet d’expansion du territoire, de l’Atlantique au Pacifique, a constitué une évidence devant se réaliser chez les fondateurs. Thomas Jefferson déclarait en 1801 : « Bien que nos intérêts présents nous restreindre dans nos frontières, il est impossible de ne pas attendre avec impatience cette époque lointaine où notre croissance rapide nous étendra au-delà de ces frontières et couvrira l’ensemble du continent […], d’un peuple parlant la même langue et gouverné semblablement par des lois identiques ».[4] Jefferson croyait que les autochtones étaient destinés avec le temps, soit à intégrer la culture et la politique dite civilisée incarnée par le pays américain, et donc de s’assimiler à la culture américaine, soit à se réfugier au-delà de la frontière ouest du fleuve Mississippi.[5] Cette idée fut reprise par le président James Monroe, puis par John C. Calhoun et enfin Andrew Jackson. L’option d’intégration à ladite civilisation fut écartée par ce dernier et ce fut la contrainte à l’exil qui fut exigé. Dès la présidence de James Monroe, la politique entreprise par l’État fédéral fut de déplacer les Indiens hors de la frontière de peuplement des Américains. La cohabitation entre Indiens et Blancs était désormais jugée comme impraticable. De plus, on croyait que les Indiens ne pouvaient survivre que s’ils se réfugiaient à l’ouest du Mississippi et du Missouri. Le déplacement des populations indigènes représentait cet avantage de libérer les terres indigènes aux pionniers américains.[6]

L’adoption au Congrès en 1787 de l’Ordonnance du Nord-Ouest[7] (Northwest Ordinance), marqua les débuts de la politique d’expansion du territoire. Cette région, aussi connue sous le nom de la vallée de l’Ohio (Ohio Country), constituait la partie nord du Territoire indien. Le Territoire indien était convoité par les colons américains qui avaient reçu l’interdiction par le roi George III de s’y établir en 1763. Avec le Traité de Paris de 1783, le Territoire indien est finalement cédé aux Américains. Lorsque l’Ordonnance de 1785 fut adoptée au Congrès, un système de vente fut mis en place aux plus offrants sur les terres du Territoire indien nouvellement acquis. Cette initiative avait pour but de générer des gains à l’État et cette procédure devenue une des principales sources de revenus du Pays et de sa richesse nationale.
Ce système fut également appliqué aux territoires acquis ultérieurement. Bien que l’Ordonnance du Nord-Ouest garantît les droits fonciers des tribus et interdisait que leurs établissements leur soient pris sans leurs consentements[8], elle mit en place « une procédure coloniale permettant l’annexation par occupation militaire, puis le statut de territoire, puis enfin le statut d’État. Les conditions pour l’accession au statut d’État n’étaient remplies que lorsque les colons étaient plus nombreux que les indigènes. […] Cette condition signifiait l’extermination ou la déportation des populations indigènes. »[9] Lorsque Thomas Jefferson effectua l’achat de la Louisiane en 1803, l’idée de la création d’un Territoire indien pouvant accueillir les populations autochtones habitant la région habitée de l’est du Mississippi commença à être réfléchie au sein des politiciens.
En 1790, un programme de développement fédéral a été créé pour répondre au « problème indien », c’est-à-dire le plan de civilisation. L’agent indien Benjamin Hawkins, chargé de ce projet, a vécu parmi les populations Creeks de 1796 à 1816. Il attribua l’appellation de « cinq tribus civilisées » aux peuples indigènes du Sud-Est, que furent les Creeks, les Cherokees, les Chickasaws, les Choctaws et les Séminoles.

Le but de ce plan de civilisation était d’introduire les valeurs et la culture euro-américaine. Le plan devait mettre fin définitivement à la coutume de la chasse que pratiquaient les hommes, afin qu’ils adoptent exclusivement l’agriculture, qui culturellement était pratiquée exclusivement par les femmes. L’un des principaux objectifs de cette assimilation était de permettre la cession des vastes régions indiennes en favorisant un climat pacifique.[10]
Certains parmi les Indiens adoptèrent les modes vies américains. Ce fut nommément le cas parmi les Cherokees, au sein desquelles s’était formée une élite de planteur de coton, détenant plantations et esclaves. D’autres pratiquèrent les métiers de commerçant et de négociant. Un système d’écriture de la langue cherokee fut même inventé par le dénommé Sequoyah, puis fut officialisé par la nation cherokee en 1825. Une presse écrite fut aussi créée. Les Cherokees rédigèrent leur propre constitution en 1827. Ils fondirent la capitale de New Echota, en Géorgie, qu’ils occupèrent de 1825 jusqu’en 1838, lorsque l’armée les contraignit à l’exil.[11]
Jefferson croyait qu’il était estimable que les cinq nations « civilisées » cheminent vers l’intégration de la citoyenneté américaine. Cette idée utopique fut définitivement abandonnée lors de l’entrée en fonction du président James Monroe en 1817, succédant à la guerre civile Creek des Bâtons rouges (1813-1814) conduite par Andrew Jackson. Dès lors, les Américains ont maintenu fermement l’idée que les tribus du Sud-Est devaient être totalement déportées hors de la frontière habitée par les colons blancs. Il fallut attendre 1834 pour que les frontières de la région devant accueillir les tribus du Sud-Est soient enfin officialisées. Par la création du Territoire des « Cinq Nations » dans les États actuels d’ Oklahoma et de l’Arkansas, le gouvernement initia le système des Réserves indiennes.[12]
Les déportations débutèrent en 1806 suite à la signature de traités conclus entre les Indigènes et le gouvernement. Toutefois, ce n’est jamais volontairement que les Indigènes quittèrent leurs territoires ancestrales, car résister signifiait s’exposer à des expéditions punitives de l’armée. Jusqu’en 1830, 50 tribus furent contraintes à s’exiler. L’exil des Cherokees avait débuté en août 1810, lors du massacre des chutes d’Ywahoo où ils furent envahis et massacrés par des colons venus prendre leurs terres. De 1814 à 1824, Andrew Jackson accomplit, en tant que militaire et gouverneur de la Floride, la négociation de neuf des onze traités concluant la dépossession des tribus du sud-est de leur territoire en échange de terres situées à l’ouest du Mississippi. Il s’agit de la période de migration volontaire des Indiens. Le nombre de ceux qui acceptèrent de partir fut très faible.[13]
Le Removal Act et les peuples autochtones du Sud-Est
Lorsqu’Andrew Jackson fut élu président en 1829, il avait déjà cumulé de longues années de carrière d’homme d’affaires, de politique et de militaire. Bien qu’il fût originaire d’une famille irlandaise pauvre ayant émigré aux États-Unis en 1765, il fut parmi ceux qui bénéficièrent le plus des changements opérés par les politiques concernant les Indiens. Déjà en 1796, il était propriétaire d’une plantation de 150 esclaves à Nashville, qu’il avait obtenu grâce à son travail de juriste qui concernait principalement des disputes sur la terre. Il contribua à la création de l’État du Tennessee, où il fut sénateur, puis chef des milices en 1801. Durant les 25 années qui précédèrent sa présidence, la déportation des Indiens fut le but principal de sa politique. Au cours de cette période, il réussit à déposséder les Indiens du sud, grâce à ses guerres indiennes et aux traités qu’il fit ratifier aux tribus.[14] Michel Paul Rogin, biographe de Jackson, remarque que « pendant les guerres de la démocratie jacksonienne, de 1824 à 1852, cinq des dix principaux candidats à la présidence avaient soit gagné leur réputation comme généraux dans des guerres indiennes, soit servie comme secrétaire à la Guerre et administrés les relations fédérales avec les Indiens. »[15]
Jackson fut le président qui mit à exécution le projet de déportation de la totalité des populations indigènes vivant à l’est du Mississippi. Projet qui avait été imaginé depuis Jefferson et l’acquisition de la Louisiane. À partir de la présidence de Jefferson, la politique fédérale s’était concentrée sur la déportation des indigènes hors des frontières de peuplement américaines. Dès son élection à la présidence, Jackson s’acharna à faire passer l’Indian Removal Act au Congrès. En s’adressant au Congrès en décembre 1830, il déclara ceci :
« What good man would prefer. A country covered with forests and ranged by a few thousand savages to our extensive republic, studded with cities, towns, and prosperous farms, embellished with all the improvements which art can devise or industry execute, occupied by more than million happy people, and filled with all the blessings of liberty, civilisation, and religion? »[16]
Cette vision dichotomique émet une distinction raciale inconciliable entre les colons et les Indiens que l’on devine largement partagée par ses contemporains américains. L’association du recul que représente la forêt par rapport à la représentation de l’urbanisme civilisé a été maintes fois répétée dans l’histoire et parmi les historiens. Par exemple, durant l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, les Romains associaient de manière péjorative la forêt aux peuples germaniques. De la Renaissance jusqu’au 19e siècle, le Moyen Âge était jugé comme une période de recul civilisationnel, nommément en raison de l’accroissement de la forêt. Il est étonnant de découvrir aujourd’hui combien les populations germaniques et les paysans du haut Moyen Âge vivaient en symbiose avec la forêt, tout en détenant une connaissance singulière sur celle-ci. Ce préjugé envers le Moyen Âge ressemble à celui porté à l’égard des Indiens, qualifié de sauvage. Ce préjudice sur les Indiens peut être compris à travers cette idée évolutionniste d’une modernité européenne associée au progrès. Une évolution qui était jugée comme non atteinte par les Indiens. Ce préjugé explique sans doute comment les contemporains de Jackson et lui-même considéraient les Indiens comme des êtres inférieurs et non civilisés.
À la fin des guerres indiennes de la fin du 19e siècle, le célèbre chef sioux Sitting Bull, de la tribu des Lakota Hunkpapas du Dakota, avait décelé derrière la prétention de la supériorité américaine, la cécité justifiant l’attitude impérialiste des colons. Il prédit aussi que cette avidité demeurait insatiable.
L’amour de la propriété est une maladie de l’homme blanc. […] Ces gens ont créé de nombreuses règles que les riches peuvent enfreindre, mais pas les pauvres. Ils ont une religion que les pauvres suivent, mais que les riches ne suivent pas. Ils prélèvent même des taxes aux pauvres pour soutenir les riches et ceux qui gouvernent. Ils prétendent que cette terre, notre mère, leur appartient, qu’elle est là pour leur consommation, et ils enferment leurs voisins dans des clôtures. […] Même si l’Amérique était deux fois plus grande, cela ne leur suffirait pas.[17]
Pour l’historienne Ashley Riley Sousa, le processus de l’histoire qui mena à l’adoption de la loi sur le déplacement des Indiens de 1830, fut celui de l’expansion de l’agriculture du coton dans la région états-unienne du Sud-Est. Comme le sénateur de la Caroline du Sud James Henry l’avait souligné en déclarant que le coton était roi, le cœur de l’économie des États-Unis en 1830 était la culture du coton. La déportation des tribus des « cinq nations civilisées » hors des plus importantes régions productrices de coton des États-Unis ne fut pas le résultat d’une simple coïncidence, lorsque l’on pense au Mississippi, à l’Alabama, au Tennessee et à la Géorgie. L’expansion de l’esclavage allait aussi de pair avec l’expansion du coton. Selon Dre Sousa, ce type de législation correspondait, non seulement aux intérêts des colons américains, en leur dégageant un plus large accès aux territoires indiens, mais correspondait aussi aux intérêts personnels du Président. Andrew Jackson étant à la fois planteur de coton, propriétaire d’esclave, commerçant d’esclaves et spéculateur foncier.[18]
À partir de l’adoption du Removal Act et jusqu’à 1850, environ 100 000 Indiens furent forcés de s’exiler à l’ouest du Mississippi. Alexis de Tocqueville témoigne, dans son essai De la démocratie en Amérique, de l’observation qu’il fit de la pratique de la déportation à laquelle il assista.
La dépossession des Indiens s’opère souvent de nos jours d’une manière régulière et pour ainsi dire toute légale. Lorsque la population européenne commence à s’approcher du désert occupé par une nation sauvage, le gouvernement des États-Unis envoie communément à cette dernière une ambassade solennelle; les Blancs assemblent les Indiens dans une grande plaine, et après avoir mangé et bu avec eux, ils leur disent: « Que faites-vous dans le pays de vos pères ? Bientôt il vous faudra déterrer leurs os pour y vivre. En quoi la contrée que vous habitez vaut-elle mieux qu’une autre ? N’y a-t-il des bois, des marais et des prairies que là où vous êtes, et ne sauriez-vous vivre que sous votre soleil ? Au-delà de ces montagnes que vous voyez à l’horizon, par-delà ce lac qui borde à l’Ouest votre territoire, on rencontre de vastes contrées où les bêtes sauvages se trouvent encore en abondance; vendez-vous vos terres et allez vivre heureux dans ces lieux-là. » Après avoir tenu ce discours, on étale aux yeux des Indiens des armes à feu, des vêtements de laine, des barriques d’eau-de-vie, des colliers de verre, des bracelets d’étain, des pendants d’oreilles et des miroirs. Si, à la vue de toutes ces richesses, ils hésitent encore, on leur insinue qu’ils ne sauraient refuser le consentement qu’on leur demande, et que bientôt le gouvernement lui-même sera impuissant pour leur garantir la jouissance de leurs droits. Que faire ? À demi convaincus, à moitié contraints, les Indiens s’éloignent; ils vont habiter de nouveaux déserts où les Blancs ne les laisseront pas dix ans en paix. C’est ainsi que les Américains acquièrent à vil prix des provinces entières, que les plus riches souverains de l’Europe ne sauraient payer.[19]
Le Bureau des affaires indiennes (BIA) fondé en 1824 sous le département de la Guerre était chargé d’assurer l’opération des déportations. La loi sur le déplacement permit au Président d’établir les négociations des traités servant à céder les territoires appartenant aux Indiens de l’Est en contrepartie de territoire situé au-delà du fleuve Mississippi. Une fois Andrew Jackson élu président, l’État de la Géorgie procéda à la saisie de la région qui appartenait aux Cherokees. En 1832, la Géorgie prit les dispositions afin de répartir le territoire cherokee en lots de 65 hectares dans le but de les redistribuer aux colons blancs sous forme de loterie publique. [20]
Le parlement géorgien rendit nulle la Constitution des Cherokees et abolit ses lois. John Ross, le chef cherokee, qui avait combattu auprès d’Andrew Jackson lors de la guerre des Bâtons rouges, se rendit à la Cour suprême de Washington et porta plainte contre l’État de la Géorgie. Bien que la Cour suprême jugeât en faveur des Cherokees en 1832, le Président Jackson ignora la décision et décida de ne pas la respecter. Lorsque de l’or fut découvert dans la région cherokee de Dahlonega, près de 4000 hommes envahirent et pillèrent le territoire, donnant lieu à de violentes confrontations. L’État de la Géorgie fit appliquer une loi interdisant aux Indiens de creuser pour l’or et y installa des milices pour superviser les lieux. [21]
Entre 1816 et 1820, 6000 Cherokees avaient acceptés d’échanger leurs terres du Tennessee et de la Géorgie contre des terres situées à l’Ouest. Ce qui totalisaient près du tiers de population cherokee. D’autres communautés avaient elles aussi accepté de se soumettre aux politiques de déplacement, comme les Shawnee et les Delaware. Les habitants indiens originaires de la région du Territoire indien ne virent pas d’un bon œil la migration des nations de l’Est, ce qui provoqua des hostilités violentes entre celles-ci.[22]
Durant la période de la seconde crise de déplacement de 1817-1819[23], un mouvement de femmes cherokees s’est battu contre le projet de déplacement. L’organisation politique de ces femmes prit forme à la suite de la guerre des rebelles traditionalistes Creeks contre l’armée du général Jackson. Le gouvernement avait profité de la défaite des Creeks pour s’assurer la cession de territoires Creek et Cherokee. La pression américaine pour le déplacement des Cherokees vers l’Ouest avait augmenté jusqu’en 1816. Les terres indiennes de L’Est étaient de plus en plus convoitées par les citoyens américains et les États du Sud-Est, nommément en raison de la montée des prix du coton et de l’affaiblissement de nation Creek. Ce fut dans ce contexte, que Jackson réussi à convaincre quelques représentants de la communauté Cherokees de ratifier l’accord cédant 2.2 millions d’acres dans la région de l’Alabama, cela sans consulté le conseil d’administration de la nation. Le gouverneur du Tennessee, Joseph McMinn, prit aussi avantage de la défaite pour proposer la dépossession territoriale des Cherokees au nord de la rivière Tennessee et l’échanger contre un territoire situé dans l’Arkansas. Le déplacement prévoyait le départ de 13 000 Cherokees. Bien que les représentants de la communauté se furent opposés à ce plan, le Committee on Public Lands évoqua que des lois du Congrès passés en 1804 permettaient de rétribuer des terres acquises lors de l’achat de la Louisiane en contrepartie des terres de l’Est. Avant que le Conseil National des Cherokees, composé uniquement d’hommes, se fût réuni sur la question, un groupe de femmes prit l’initiative de réunir un conseil à Hiwassee. Ce conseil devait envoyer des représentantes afin de présenter la voix et la position, s’opposant au déplacement, au sein du Conseil National.[24]
Ce type de conseil, composé de femmes jouant un rôle consultatif auprès du conseil des hommes, était une pratique qui avait préexisté dans la culture politique traditionnelle cherokee. Ces femmes, qui constituaient ces conseils, occupaient des rangs élevés dans la communauté et provenaient de deux catégories vénérables : les femmes guerrières et les aînées bien-aimées. L’autorité et la liberté exercées par les femmes cherokees se sont progressivement détériorées dans le contexte de l’avancée de la colonisation de peuplement et de la perte de leurs territoires ancestraux. La signature du traité de Holston en 1791, qui plaçait la nation cherokee sous la protection des États-Unis tout en garantissant leur autonomie politique sur leurs territoires non cédés, exigeait un progrès dans la « civilisation » de la communauté. La mobilité des femmes, la centralité de leur rôle dans l’agriculture ainsi que leur importance dans la politique furent lentement réduites, au profit de l’élévation du rôle des hommes dirigeants.
Néanmoins, le rôle traditionnel des femmes était toujours perceptible en 1817 et elles purent l’exercer auprès du Conseil des hommes. La première action qui fut posée par le collectif de ces femmes fut d’émettre une pétition de treize signataires au Conseil des hommes. La déclaration a été rédigée au nom de Nancy Ward, considérée comme la dernière grande femme au statut de bien-aimée. Elle était alors âgée de quatre-vingts ans. Leur demande exhortait les hommes à refuser le traité de déplacement. Elles arguaient que la signature de ce traité symboliserait, pour la nation cherokee, la destruction de leurs mères et la rupture de la relation sacrée avec leur pays natal. Bien que le Conseil des hommes ait partagé leurs positions, la pression des autorités américaines en faveur du déplacement s’intensifia. Les négociateurs des États-Unis imposèrent deux options aux Cherokees : partir s’établir dans l’Arkansas ou intégrer les lois des États du Sud-Est en s’établissant sur des lots individuels [25]. Environ 1 000 Cherokees acceptèrent de partir s’établir sur les terres qui leur avaient été attribuées dans l’Arkansas. En 1828, ils furent à nouveau contraints de quitter leurs nouvelles demeures pour se rendre dans le Territoire indien (Oklahoma).
Parmi les Américains opposés à la politique de l’État de Géorgie et à la loi sur le déplacement des Indiens figuraient les missionnaires de l’American Board of Commissioners for Foreign Missions, fondé en 1810 dans l’État du Massachusetts. L’organisation avait envoyé des missionnaires auprès de la communauté cherokee dès 1817. L’American Board joua un rôle important auprès des dirigeants de la nation cherokee dans le processus d’intégration à la « civilisation » blanche. Ces missionnaires croyaient que la mission civilisatrice avait été une réussite. Ils estimaient que l’expulsion était illégale et calomnieuse. L’une des figures bostoniennes les plus importantes du début du 19e siècle fut Jeremiah Evarts. Alors secrétaire de l’organisation en 1826, il voyagea dans le Sud-Est auprès des tribus et se lia avec leurs chefs, particulièrement les Cherokees. Lorsque le conflit avec le gouvernement fédéral et la Géorgie prit de l’ampleur pour les nations indiennes, concernant la préservation de leurs territoires ancestraux et de leur autonomie politique, Jeremiah Evarts décida de défendre la cause de ses amis indiens. Il avait acquis une connaissance rarement égalée par ses contemporains sur l’histoire des relations entre les Cherokees et le gouvernement américain. Il savait que, dans le traité de Hopewell de 1785, le gouvernement s’était engagé à garantir l’autonomie politique de la communauté cherokee et la préservation de leurs territoires.[26]
L’élection d’Andrew Jackson du parti démocrate a symbolisé un coup difficile pour Evarts. Jackson a été le premier président élu des régions acquises de l’Ouest. Ses aspirations politiques choquaient la sensibilité bostonienne. Sa popularité avait été gagnée en tant que chasseur d’Indiens. Son opinion sur les affaires indiennes était arrêtée, il ne croyait pas que les Indiens devaient être traités comme des nations indépendantes. Sous le pseudonyme de « William Penn », Evart écrivit dans le National Intelligencer une série d’articles entre août et décembre 1829, dans laquelle il étudia brillamment les droits des Cherokees sous divers aspects, notamment en analysant les traités de l’histoire depuis l’Angleterre. Ces articles furent repris par d’autres journaux et furent imprimés en pamphlet sous le nom de Essays on the Present Crisis in the Condition of American Indians.[27] Dans l’un de ses essais publiés dans le Cherokee Phoenix le 16 décembre 1829, il écrivit :
And where can be the harm of letting a few of our red neighbors, on a small remnant of their own territory, exercise the rights which God has given them? They have not the power to injure us, and if we treat them kindly and justly, they will not have the disposition.- They have not intruded upon our territory nor encroached upon our rights. They only ask the privilege of living unmolested in the places where they were born, and in possession of those rights which we have acknowledged and guarantied. […] May a gracious Providence avert from this country the awful calamity of exposing ourselves to the wrath of heaven, as a consequence of disregarding the cries of the poor and defenceless (sic), and perverting to purposes of cruelty and oppression, that power which was given us to promote the happiness of our fellow men.[28]
Le conflit prit une tournure différente et plus aiguë lorsque le projet de loi sur le déplacement des Indiens fut introduit au Congrès par les partisans de Jackson. Dès lors, la vie de Jeremiah Evarts se concentra sur la lutte contre ce projet de loi et la défense des droits des Cherokees face à la politique de Jackson. Evarts devint le principal opposant d’Andrew Jackson sur la question du déplacement. Dans ses essais, il conclut en se positionnant fermement contre la loi sur le déplacement, la condamnant sans équivoque:
Government has arrived at the bank of the Rubicon. If our rulers now stop, they may save the country from the charge of bad faith. If they proceed, it will be known by all men, that in a plain case, without any plausible plea of necessity, and for very weak and unsatisfactory reasons, the great and boasting Republic of the United States of North America incurred the guilt of violating treaties, and that this guilt was incurred when the subject was fairly before the eyes of the American community, and had attracted more attention than any other public measure since the close of the last war.[29]
Il croyait que les représentants du parti de Jackson étaient égarés et qu’ils s’apprêtaient à commettre un péché. Il pensait que le bon sens chrétien de la population saurait s’opposer à toute injustice faite aux Cherokees et que ce bon sens pourrait faire pression sur le Congrès. C’est pour cette raison qu’il initia une campagne de pétitions au Sénat, qui prit une ampleur considérable, rassemblant plusieurs milliers de signatures. Catherine Beecher, alors professeur dans le Connecticut, protesta contre les actions de la Géorgie et du Congrès en faisant circuler des pétitions.[30] Elle avait rencontré Evarts à Boston en 1828, et il l’avait exhortée à prendre position contre l’oppression des peuples indiens. En mobilisant certaines de ses pairs, elle obtint un grand nombre de signatures. En seulement deux ans, 15 000 femmes de sept régions du Nord adressèrent leurs pétitions contre le déplacement au Congrès. Cette campagne de pétitions rencontra un tel succès que les historiens des études américaines la considèrent comme le premier mouvement national de protestation politique féminine aux États-Unis.[31]
En 1832, la pression de l’État de la Géorgie rendait la vie de la nation cherokee des plus misérables, et le Conseil de la nation fut déplacé à Red Clay, au Tennessee. Les Cherokees étaient divisés sur leurs positions concernant la loi sur le déplacement adoptée au Congrès le 28 mai 1830. Le Treaty Party, ou fraction Ridge, en faveur du déplacement, était composé de personnages influents, dont le soldat Major Ridge, principal opposant du chef de la nation John Ross, son fils John Ridge et son neveu Elias Boudinot, alors éditeur du Phoenix Journal. Ces trois personnages étaient initialement fortement opposés au déplacement et soutenaient le parti de John Ross contre le déplacement. Ils penchèrent en faveur du projet de déplacement, sachant que tenter de s’y opposer pourrait rendre la situation encore plus problématique. En 1835, les deux partis envoyèrent des délégations à Washington afin de présenter leurs positions. Les membres du Treaty Party signèrent le traité de New Echota, déterminant les accords entourant le déplacement des Cherokees dans le Territoire indien et l’indemnisation des territoires cédés à l’est du Mississippi. John Ross était déterminé à faire échouer l’adoption du traité, et parmi ses efforts, il réussit à rassembler les signatures de 15 000 Cherokees sous forme de pétition. À la suite d’un simple vote, le traité fut ratifié par le Sénat en 1836, octroyant un délai de deux ans pour quitter les terres des États du Sud-Est.[32]
Seulement 2 000 Cherokees partirent s’installer dans le Territoire indien à l’intérieur de ce délai. Les autres, estimés à 16 000, furent contraints par la force de quitter la terre de leurs ancêtres, le président ayant envoyé 7 000 soldats pour s’exécuter dans cette tâche. Il en résulta le tragique « Chemin des larmes », où ces derniers furent obligés de parcourir 1 600 kilomètres jusqu’à leur destination. Entre août 1838 et mars 1839, sur les 16 000 déplacés, on estime à 8 000 le nombre de ceux qui ne purent survivre au trajet. [33]
L’ethnologue américain du Bureau of American Ethnology, James Mooney (1861-1921), qui avait vécu parmi les Cherokees déplacés dans le Territoire indien, décrit dans Historical Sketch of the cherokee, la brutalité de l’opération effectuée par l’armée afin de rassembler les derniers Cherokees condamnés au « Chemin des larmes » :
Under [Winfield] Scott’s orders the troops were disposed at various points throughout the Cherokee country, where stockade forts were erected for gathering in and holding the Indians preparatory to removal. From these, squads of troops were sent to search out with rifle and bayonet every small cabin hidden away in the coves or by the sides of mountain streams, to seize and bring in as prisoners all the occupants, however or wherever they might be found. Families at dinner were startled by the sudden gleam of bayonets in the doorway and rose up to be driven with blows and oaths along the weary miles of trail that led to the stockade. Men were seized in their fields or going along the road, women were taken from their wheels and children from their play. In many cases, on turning for one last look as they crossed the ridge, they saw their homes in flames, fired by the lawless rabble that followed on the heels of the soldiers to loot and pillage. So keen were these outlaws on the scent that in some instances they were driving off the cattle and other stock of the Indians almost before the soldiers had fairly started their owners in the other direction. Systematic hunts were made by the same men for Indian graves, to rob them of the silver pendants and other valuables deposited with the dead. A Georgia volunteer, afterward a colonel in the Confederate service, said: “I fought through the civil war and have seen men shot to pieces and slaughtered by thousands, but the Cherokee removal was the cruelest work I ever knew.[34]
Non seulement les blessures furent longues à panser, mais les Cherokees durent s’adapter à un environnement nouveau. Le climat était sec, les hivers plus froids et les forêts moins abondantes. Après la migration, le clivage entre les deux partis persista, et les trois personnages de la fraction Ridge furent malheureusement assassinés. Les relations entre les anciens arrivés dans les années 1810 et les nouveaux habitants entraînèrent d’autres complications. Les anciens arrivés étaient traditionalistes et avaient refusé d’adopter le mode de vie américain pour préserver les coutumes de leurs ancêtres. Les deux groupes se mirent d’accord pour créer la Nation Cherokee et fonder la nouvelle capitale de Tahlequah. Devant la majorité numérique de leurs frères pro-assimilations nouvellement déportés, les anciens ne purent préserver leurs traditions que difficilement. À ce propos, l’historien Richard White remarque : « The Five Civilized Tribes established governments and laws in the West modeled on those of the United States. Institutions Americans proudly identified as their own came West in the hands of the very people whom those institutions had betrayed and victimized. »[35] Ironiquement, les cinq nations civilisées avaient accepté de pratiquer l’esclavage jusque dans leurs nouveaux territoires. Wilma Mankiller, première femme élue comme chef de la Nation cherokee en 1985, avait décrit le « Chemin des larmes » comme un épisode d’une horreur comparable à celui de l’Holocauste. Elle précisa que la pire partie de cet épisode génocidaire était la perte des traditions et des savoirs ancestraux cherokees. Le Territoire indien de l’Oklahoma, en tant que pays appartenant aux nations indiennes, s’est progressivement effondré avec la poursuite de l’expansion coloniale vers l’Ouest et l’accélération de la migration des Plaines, particulièrement après la guerre de Sécession. [36]
La colonisation du nord du Mexique et le génocide de Californie

Lorsque la république du Mexique obtient son indépendance en 1821, elle était affaiblie par sa récente guerre de libération nationale mettant fin aux 300 années de colonisation espagnole. Son instabilité ne pouvait rivaliser avec l’idéologie providentielle de la « Destinée manifeste » américaine. Cette formule naturaliste du progrès américain qui s’imprégnât dans l’imaginaire populaire au sujet de l’expansion coloniale continentale de l’Amérique fut originalement émise dans l’United States Magazine and Democratic Review, par le journaliste John O’Sullivan en 1845, prononçant sa position face à l’annexion du Texas et du territoire de l’Oregon.
Texas is now ours… Her star and her stripe may already be said to have taken their place in the glorious blazon of our common nationality […] She comes within the dear and sacred designation of Our Country… other nations have undertaken to intrude themselves … in a spirit of hostile interference against us, […] limiting our greatness and checking the fulfillment of our manifest destiny to overspread the continent allotted by Providence for the free development of our yearly multiplying millions.
Dès 1813, la Nouvelle Espagne permit à ses provinces d’attribuer de leurs terres à des individus étrangers. La république du Mexique avait poursuivi cette politique. Elle permit aux Anglo-américains de continuer à s’installer dans le Texas, à la condition que ceux-ci deviennent citoyens mexicains. En 1829, le Mexique avait aboli l’esclavage et avait refusé de céder à la demande des colons blancs d’octroyer une légalisation leur autorisant l’esclavage. Voyant que les Anglo-américains avaient dépassé en nombres les Tejanos, habitants d’origine mexicaine, la République passa la loi du 6 avril 1830, interdisant la poursuite de la colonisation des Américains dans le Texas.
Environ 30 000 colons américains, planteurs et fermiers, s’étaient établis avec leurs esclaves au Texas jusqu’en 1840. Ce chiffre atteignit 160 000 lorsque l’État rejoignit l’Union en 1845. Soutenus par le gouvernement des États-Unis, les colons s’étaient soulevés afin d’obtenir l’indépendance du Texas, qui leur fut accordée en 1836. Le président Jackson avait déjà tenté de négocier, sans succès, l’achat du Texas quelques années auparavant. Lorsque le Congrès envoya la proposition au Texas pour rejoindre l’Union, le Mexique répondit qu’il considérait cette annexion comme une déclaration de guerre. [39]
Le 11e président américain, James Knox Polk (1845-49), avait été élu à une époque où la demande d’expansion territoriale était forte. Ses partisans tenaient un discours similaire à celui de James O’Sullivan, réclamant l’annexion du Texas et de l’Oregon. James Polk était en faveur de l’annexion du Texas et de la création d’un nouvel État esclavagiste. Il était né en Caroline du Nord en 1795. Comme de nombreux Américains, sa famille avait voyagé en chariot à bâche durant l’expansion vers l’Ouest. Les Polk s’étaient installés au Tennessee en 1796, où ils purent disposer de milliers d’acres de terre et posséder une cinquantaine d’esclaves. La politique jacksonienne de Polk était expansionniste et ouvertement favorable à la guerre. C’est ce qu’il démontra lorsqu’il envoya, à la frontière du Texas mexicain, le général Zachary Taylor pour provoquer un conflit justifiant l’entrée en guerre contre le Mexique.[40] William Goodell, militant engagé dans le mouvement abolitionniste et opposé à ce que la pratique de l’esclavage s’étende dans les territoires nouvellement conquis, déclara en 1852 :
Bien que le Texas n’ait pas besoin d’être défendu, le Président James Polk, sous prétexte de le secourir, a envoyé le général Zachary Taylor et ses troupes au-delà des frontières réelles du Texas et leur a même donné l’autorisation de traverser le Rio Grande. […] Après plusieurs tentatives infructueuses pour amener les Mexicains à tirer les premiers, ce sont en fait nos troupes qui ont commencé, après quoi le général Taylor a annoncé à son gouvernement le début des combats. En réponse, le Président Polk a présenté ce mensonge au Congrès et au monde entier : «Le Mexique a traversé la frontière et est entré dans notre pays. Il a répandu le sang américain sur le sol américain.» Ces mensonges de guerre ont trompé le peuple et le Congrès.[41]
L’évanouissement des difficultés que représentait une guerre contre la puissance coloniale de l’Espagne fit des territoires de la jeune république mexicaine une proie facile pour les États-Unis, qui allaient bientôt être en mesure de rivaliser avec les grandes puissances impérialistes de l’Europe. L’inévitable défaite du Mexique dans la guerre américano-mexicaine (1846-1848) aboutit à la signature du Traité de Guadalupe Hidalgo. Ce traité abandonna aux États-Unis les régions mexicaines de l’Alta California et de Santa Fe de Nuevo México, totalisant plus d’un million de kilomètres carrés de territoire.[42]
La colonisation espagnole de la Californie ne débuta que 240 ans après la première exploration européenne de la région par le capitaine Hernán Cortés, envoyé de Charles Quint. En 1769, l’Espagne envoya des soldats et des missionnaires franciscains s’enquérir de cette charge. Cette année-là, le père Junípero Serra fonda la première mission de San Diego de Alcalá. Jusqu’en 1823, vingt et une missions furent fondées le long de la côte du Pacifique, sur la route tristement célèbre d’El Camino Real. Les Espagnols, se croyant investis de la mission d’apporter la civilisation en Californie, ne disposaient que de peu d’effectifs humains pour s’en acquitter. Ils décidèrent de se rabattre sur les habitants indigènes et projetèrent d’assimiler leurs croyances en les christianisant.[43]

Ce que le Padre Serra appela la « conquête spirituelle » espagnole débuta avec le décret du vice-roi de 1773, déclarant les Indiens baptisés mineurs sous la garde légale des Pères franciscains. Cette législation permit aux autorités espagnoles de faire des Indiens de Californie des citoyens de seconde classe et d’établir le cadre sur lequel les gouvernements mexicain et américain allaient construire leurs autorités. Il s’ensuivit rapidement que les Indiens furent transformés en main-d’œuvre gratuite. Ce sont leurs forces de travail qui construisirent les bâtiments des nouveaux colons, d’abord espagnols, puis mexicains, et enfin des premiers Américains.[44] Le gouverneur de Californie, Felipe de Neve, critiquait en 1780 les missions et jugeait que le sort réservé aux Indiens était en dessous des conditions de l’esclavage. L’Indien costanoan, Lorenzo Aisara, témoignait en 1877 du souvenir qu’il avait des agissements des franciscains au début du 19e siècle : « The Spanish priests were very cruel to the Indians: they mistreated them a lot, kept them poorly fed, ill-clothed, and made them work like slaves. »[45]
Lorsque les Indiens ne souhaitaient pas intégrer les missions de leur plein gré, les soldats espagnols envahissaient leurs villages et les emmenaient de force. À partir de 1790 seulement, toutes les tribus indiennes situées à l’ouest de la vallée de San Joaquin avaient été déplacées de leurs terres et de leurs villages, qu’elles ne purent jamais habiter à nouveau. Dès les débuts des missions, les attitudes des soldats espagnols firent outrage aux communautés indiennes, et des viols furent commis de manière quotidienne, propageant des maladies qui décimèrent considérablement les populations indigènes. Entre 1813 et 1815, les missions durent fournir des rapports aux autorités de l’église espagnole. Tous témoignaient que le nombre de décès prévalait sur le nombre de naissances et que la cause principale était la propagation des maladies vénériennes. Les premières expéditions décrivaient les indigènes rencontrés en chemin comme étant nombreux, d’allure gracieuse, d’une grande propreté, d’une grande décence et de bonne santé. Durant la période des Missions, seulement 18 000 des 72 000 Indiens ayant résidé entre San Diego et San Francisco survécurent, ce qui souligne l’accablant échec espagnol dans son projet civilisationnel.[46]
Avant l’arrivée des Européens, la population des indigènes de Californie était estimée à 310 000 habitants. La Californie fut probablement la région la plus peuplée de l’hémisphère occidental au nord du Mexique. Ces populations vécurent en ces lieux depuis des temps immémoriaux, estimés à 12 000 ans. Les Indiens de Californie n’étaient pas des peuples guerriers, mais plutôt des peuples pacifiques. Durant la période espagnole, puis mexicaine, la population indigène chuta drastiquement à 150 000 habitants, en raison de la maltraitance qu’ils subirent et des maladies que les Européens leur transmirent.[47]
À la fin des années 1820, les étrangers non espagnols furent de plus en plus nombreux à s’installer dans la région. Comme les Espagnols, ils se servirent des Indigènes comme esclavages, notamment dans l’établissement des fermes d’élevage et des Forts. Les étrangers allèrent se servirent dans les villages pour capturer les indigènes comme du bétail et abattaient ceux qui tentaient de s’enfuir. Des bateaux de commerce, en provenance de Boston et d’autres pays, paraissaient régulièrement. Après la guerre du Mexique (1846-48), la Californie devient officiellement américaine. Dès le début de cette nouvelle période, les Américains se chargèrent d’aviser les Indiens de leurs rôles au sein de la nation, prolongeant implicitement leur statut d’esclave. Le capitaine John B. Montgomery, émit à ce sujet : « All Indians must be required to obtain service, and not be permitted to wander about the country in idle and dissolute manner; if found doing so, they will be liable to arrest and punishment by labor on Public Works at the direction of the Magistrate. »[48] Dans les années de la ruée vers l’or de Californie (1848-1856), les immigrants sudistes garantissaient que les Indigènes assumeraient le rôle de la classe laborieuse d’esclaves. Plusieurs lois sur l’asservissement des indigènes furent mises à la disposition de ces colons.
La découverte de l’or par James Marshall en 1848 engendra le génocide local des peuples Nisenan et Miwok du Nord qui habitaient la région où émergea la mine centrale. En 1849, le rancher Johann Sutter avait soulevé que les nouveaux immigrants et les Orégoniens « had commenced a war of extermination upon [the Indians], shooting them down like wolves, men, women, and children. »[49] Comme le décrit l’historien Secrets, « in California, the bloodiest drama in the settlement of the West took place, a brutal disruption and destruction so devastating that by the 1870s many native groups were extinct. »[50] Il explique que les Anglo-Américains ont été conditionnés par le discours maintes fois répété des gouverneurs et de la presse sur l’inévitable guerre d’extermination des Indiens et sur l’infériorité révulsante de cette race. Pour Roxanne Dunbar-Ortiz, la survie des indigènes ne put se réaliser que par l’organisation de leur constante résistance.
Le Congrès fit ratifier 18 traités pour 119 tribus californiennes. Ces tribus furent déplacées dans 5 réserves de 25 000 acres chacune, mais aucune législation officielle ne fut mise en place pour l’administration de ces territoires. Les conditions des réserves dans lesquelles vivaient ces peuples étaient au-delà de l’indignité. En 1859, un rapport de l’armée enregistrait en moyenne 8 décès quotidiens dans la Réserve de Round Valley. Les causes principales étaient la syphilis et la sous-alimentation. Assassiner les Indiens était devenu une pratique populaire acceptable, souvent accompagnée de compensations monétaires. Le gouvernement de l’État californien et le Congrès ont contribué au génocide des populations indigènes de Californie. Cela est sans compter le rôle de l’armée américaine et de ses campagnes militaires qui, entre 1846 et 1873, ont causé la mort de 9 000 à 16 000 indigènes californiens. De 1848 à 1855, plus de 300 000 immigrants s’établirent en Californie. La population indienne californienne qui survécut au siècle de terreur du 19e siècle ne représente que 16 000 individus.[52]
Conclusion
L’expansion du territoire américain, allant de l’ouest du Mississippi à l’océan Pacifique, a eu des conséquences profondes et dévastatrices pour les tribus du Sud-Est, notamment à travers le déplacement ordonné par la loi de 1830, ainsi que pour les populations indigènes de Californie durant la période de la ruée vers l’or. Cette expansion, motivée par la quête d’un progrès civilisateur et l’imposition d’une culture chrétienne, a entraîné le dépouillement des droits des peuples autochtones, leur interdisant de préserver leurs traditions et leurs territoires ancestraux. Dans ce contexte, les indigènes ont été injustement perçus comme une race inférieure, incompatible avec les ambitions impérialistes des États-Unis. Les enjeux capitalistes de l’époque, liés à l’exploitation des ressources et au marché de l’esclavage, ont également contribué à justifier les acquisitions de territoires au détriment des populations indigènes.
Dans le cadre de cette recherche, nous avons constaté que les peuples autochtones furent les grands perdants de la conquête de l’Ouest américaine, et que l’histoire des États-Unis est marquée par un manque de considération pour le devenir de ces communautés. À la fin du 19e siècle, des lois telles que l’Homestead Act (1862), l’Indian Appropriation Act (1871) et la Dawes Severalty Act (1887) ont renforcé cette dynamique d’exclusion et de dépossession.
En réfléchissant à la déclaration du 6 décembre 1830, présentée au Congrès par Andrew Jackson, il est essentiel de reconnaître l’erreur fondamentale de ce discours, surtout à la lumière de la crise environnementale actuelle. Ce type de rhétorique a, malheureusement, facilité une industrialisation destructrice qui a eu des répercussions néfastes sur notre planète. Il est impératif de faire preuve de nuance et d’empathie, en créant un climat qui favorise l’épanouissement non seulement des modes de vie amérindiens, mais aussi une coexistence respectueuse entre toutes les cultures. En ce jour de commémoration, honorons la résilience et la richesse des cultures autochtones, tout en nous engageant à reconnaître les injustices passées et à œuvrer ensemble pour un avenir plus équitable et durable.

[1] Martin Luther King Jr., Why We Can’t Wait, Boston, 2011, p. 41-42.
[2] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Histoire Des États-Unis, Marseille, 2018, p. 41.
[3] Daniele Ganser, Une brève histoire de l’empire Américain, Paris, 2021, p. ?
[4] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Hist…, p. 35.
[5] Thomas Jefferson à William Henry Harrison, 27 février 1803, « Thomas Jefferson Papers », Library of Congress, Washington, Dc, dans James P. Ronda, « ‘We Have a Country’: Race, Geography, and the Invention of Indian Territory. » Journal of the Early Republic, vol. 19, no. 4, 1999, p. 740.
[6] « Déclin des Nations indiennes aux Etats-Unis », Medarus.org, 2017.
[7] Fichier: Territoire du Nord-Ouest, « Ordonnance du Nord-Ouest», Wikipédia,2022.
[8] « 1789: The Northwest Ordinance guarantees tribal land rights », National Library of Medicine, Maryland, 2022.
[9] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Hist…, p. 179.
[10] Robbie Ethridge, « Plan of Civilization », Encyclopedia of Alabama, 2009.
[11] Patrick N. Allitt, « Train of Tears », The American West: History, Myth, and Legacy, [Documentaire], The Great Courses, 2017, 27 mm.
[12] James P. Ronda, « ‘We Have a Country’: Race, Geography, and the Invention of Indian Territory. » Journal of the Early Republic, vol. 19, no. 4, 1999, p. 741.
[13] « Déclin des Nations indiennes aux États-Unis », Medarus.org, 2017.
[14] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Hist…, p. 146-147.
[15] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Hist…, p. 161
[16] « President Andrew Jackson’s, On Indian Removal », 6 décembre 1830.
[17] Sitting Bull, The Collected Speeches, Rochester,1998, p. 75.
[18] Linell Garcia, « Andrew Jackson and his Indian Removal Act of 1830 », Bad Iguana Productions, 2019.
[19] Alexis de Tocqueville (1835), « Chapitre X : Quelques considérations sur l’état actuel et l’avenir probable des trois races qui habitent le territoire des États-Unis », De la démocratie en Amérique I, Paris, 1992, p. ?
[20] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Hist…, p. 162.
[21] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Hist…, p. 163.
[22] Patrick N. Allitt, « Train of Tears », The American West…, mm 16.
[23] “This chronology of removal crises – 1808-10, 1817-19, 1828, and 1835-38 – is derived from William G. McLoughlin, Cherokee Renascence in the New Republic (Princeton, N.J.: Princeton University Press, 1986), 146-62,411-27”, dans Tiya Miles, « “Circular Reasoning”: Recentering Cherokee Women in the Antiremoval Campaigns », American Quarterly, vol. 61-2, no 43, 2009, p. 238.
[24] Tiya Miles, « “Circular Reasoning”: Recentering Cherokee Women in the Antiremoval Campaigns », American Quarterly, vol. 61-2, no 43, 2009, p. 222-223.
[25] Tiya Miles, « “Circular Reasoning”: Recentering Cherokee Women …, p. 224-227.
[26] Francis Paul Prucha, « Protest by Petition: Jeremiah Evarts and the Cherokee Indians », Proceedings of the Massachusetts Historical Society, vol. 97, 1985, p. 42-44.
[27] Francis Paul Prucha, « Protest by Petition, …, p. 45-46.
[28] Jeremiah Evarts, « From the New York Observer », Cherokee Phoenix, vol. 2, Issue 36, December 16, 1829.
[29] Jeremiah Evarts, Essays on the Present Crisis in the Condition of the American Indians : First Published in the National Intelligencer, Philadelphia, Thomas Kite, 1830, p. 100-101.
[30] Francis Paul Prucha, « Protest by Petition, …, p. 49.
[31] Tiya Miles, « “Circular Reasoning”: Recentering Cherokee Women …, p. 221.
[32] Claudia B Haake, Modernity through Letter Writing : Cherokee and Seneca Political Representations in Response to Removal, 1830-1857, Lincoln, University of Nebraska Press, 2020, p. 22-30-31.
[33] Patrick N. Allitt, « Train of Tears », The American West…, mm 20.
[34] James Mooney, Historical Sketch of the Cherokee, London, 2017, p. 124.
[35] Richard White, It’s Your Misfortune and None of My Own: A New History of the American West, Oklahoma,1993, p. 89, dans Patrick N. Allitt, « Train of Tears », The American West…, mm 27.
[36] Patrick N. Allitt, « Train of Tears », The American West…, mm 29.
[37] Richard B Winders, Mr. Polk’s Army : The American Military Experience in the Mexican War, Texas, 1997, p. 6.
[38] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Hist…, p. 178,182,183.
[39] Richard B Winders, Mr. Polk’s Army…, Texas, 1997, p. 7-8.
[40] Daniele Ganser, Une brève histoire de l’empire Américain, Paris, , 2021, p.77-84.
[41] Murray Polner et Thomas E. Woods, We Who Dared to Say No to War : American Antiwar Writing from 1812 to Now, New York, 2008, 368 p. 44-55.
[42] Roxanne Dunbar-Ortiz, Contre-Hist…, p. 176.
[43] William Secrest, When the Great Spirit Died : The Destruction of the California Indians, 1850-1860, Sanger, 2003, p. 6-7.
[44] Benjamin Madley, An American Genocide: The United States and the California Indian Catastrophe, 1846-1873, New Haven, 2016, p. 26-27.
[45] Benjamin Madley, An American Genocide…, New Haven, 2016, p. 27.
[46] William Secrest, When the Great Spirit Died…, p. 8-9.
[47] Benjamin Madley, An American Genocide…, New Haven, 2016, p. 21-23.
[48] William Secrest, When the Great Spirit Died…, p. 15.
[49] Benjamin Madley, « Understanding Genocide in California under United States Rule, 1846–1873. », Western Historical Quarterly, vol. 47, no 4, 2016, p. 5.
[50] William Secrest, When the Great Spirit Died…, p. xi.
[51] Benjamin Madley, « Understanding Genocide…, p. 7-9.
[52] Benjamin Madley, « Understanding Genocide…, p. 10.
Bibliographie
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